Hommage à Maître Noro

Par Patrick Loterman. Texte paru dans la newsletter du Ki Shin Dojos


Il y a 3 ans, le 15 mars 2013, Maître Noro nous quittait. Voici quelques lignes écrites à sa mémoire.

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En 1979 je franchissais la porte du dojo de la rue des Petits Hôtels à Paris.

Je ne savais pas alors que trente sept années plus tard, je serais amené à écrire sur celui à qui  j’avais tendu une main très ferme et décidée et qu’en retour la sienne fût d ‘une telle fluidité que j’eus l’impression que de l’eau s’écoulait dans la mienne : c’était en fait ma première leçon que je vous laisse interpréter  comme vous le désirez. J’ai lu que des disciples d’un très grand maître du mouvement hassidique traversaient toute la Russie pour voir seulement comment ce dernier laçait ses souliers… Maitre Masamichi Noro ne nous enseignait pas seulement des techniques extraordinaires et belles, si cela avait été le cas je ne pense pas que j’aurai continué : le bien être avec lequel je ressortais du dojo était aussi intimement lié à la leçon de vie dispensée en même temps. Nous repartions chez nous mieux dans notre peau mais encore mieux dans notre être : des questionnements incessant parfois éclairants souvent infinis et sans réponse sur notre pratique et le sens de la vie nous mettaient en mouvements : nous ne pouvions pas nous installer béatement dans la quiétude. Il invitait à se pencher sur nos façons de vivre et à nous remettre en cause. L’originalité  de maitre Masamichi Noro était sa  force de joie qu’il tâchait de réveiller chez nous. J’ai le sentiment qu’il pouvait quitter parfois le dojo déçu de ne pas avoir réussi (ce qui était très rare) à transformer notre état intèrieur,  à provoquer cette métamorphose de l’être mécanique enfermé dans ses stéréotypes vers un état libéré et créatif. Comme il nous faisait répéter des milliers de fois les mêmes mouvements des milliers de fois nous l’avons entendu répéter les mêmes histoires et anecdotes : pour certains c’étaient très lassant pour moi c’était très nourrissant car je m’apercevais au cour des années que derrière l’apparente banalité de ces propos se cachait le véritable enseignement et que ces mêmes phrases  m’ouvraient des perspectives intimes et profondes.

C’était un Maître et son désir était de nous faire accoucher de nous même, de nous inciter à trouver notre propre chemin et à garder les yeux biens ouverts sur ce qui nous entoure à nous en émerveiller. Lorsque je lui annonçais un évènements privé de notre vie  il paraissait véritablement s’y intéresser : mon épouse Christine devint Liorah après sa conversion au judaïsme il lui offrît une perle et il fût le seul avec Jérôme Dermy à l’appeler désormais Liorah ou « ma lumière » traduction de son nouveau prénom. Il était là à notre mariage et chacun de nos enfants reçu un présent pour leur naissance. Pardonnez moi de faire ainsi part de notre intimité mais je le fais pour souligner l’intérèt qu’il savait porter à chacun d’entre nous sans exception je pense.

La dernière fois que je l’ai rencontré chez lui j’ai pu le remercier pour l’immense cadeau qu’il nous a légué et lui fit remarquer que pas un jour ne passe sans que son nom soit prononcé. Devant son portrait et son sourire je lui renvoie le mien reconnaissant.

Aujourd’hui c’est à travers la brume de la tristesse que j’ai écrit ces quelques lignes et je m’arrête ici parce que je n’en finirais pas, j’arrête  car les souvenirs  sont si nombreux qu’arbitrairement il faut le faire : dur pour un bavard impénitent !

Ah encore une chose : Maître Masamichi  Noro était un Homme  Libre.

 

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